Archive for the ‘ Récit ’ Category

Deux jours sur Réseau Contact

Non, je n’y suis pas allée pour y trouver l’âme sœur, ça va bien merci, je suis une femme quasi comblée. Simple curiosité.

D’emblée, il n’est pas aisé de naviguer sur le site. À vrai dire, si vous ne déboursez pas quelques dollars, il vous est impossible d’entrer en contact avec qui que ce soit. Enfin si, par des messages préfabriqués. Franchement désagréable. Vous ne pouvez pas inscrire d’adresse courriel, ni d’url, sur votre fiche. Heureusement (mince consolation), si un membre «Privilège» vous contacte, vous pouvez lui répondre.

On s’y emmerde vite

Les fiches sont, bien souvent, pathétiques. Oui, on use encore des mêmes formules depuis la nuit des temps, semble-t-il. On cherche une femme :

  • au passé «réglé» (WTF)
  • belle, affectueuse, bien dans sa peau (surprenant !)
  • sportive (ça va de soi !)

Enfin, nos hommes aiment :

  • le bon vin (ah ouin ?)
  • les soupers entre amis (oh !)
  • les activités en plein air (ouhlàlà !)

Difficile à croire mais oui, plusieurs hommes affichent des photos avec leur «ex» coupée au montage ! Ils se présentent bien souvent avec une bière ou (plus de classe !) un verre de vin à la main. La poitrine à l’air est très tendance aussi…

Ai-je suscité un intérêt quelconque ?

Oui, certains m’ont écrit. Enfin, quelques-uns. Évidemment, sans photo, vous aurez beau être créatif dans votre descriptif, vos chances sont minces. Mais si vous avez butiné sur une fiche ou une autre (encore une fois, d’un membre «Privilège») vous aurez laissé une trace. Ainsi, ceux que vous aurez visités vous écriront peut-être un mot…

Gros bof

Si vous carburez aux clichés et que les fautes d’orthographe aux deux mots ne vous embêtent pas trop, vous y trouverez peut-être votre compte. Sinon, vous risquez fort de perdre votre temps. Et votre argent, surtout.

De nature et de mort

Comme une grossesse non désirée. L’espoir de voler avorté. Comme si je m’étais, à la fois, laissée mourir.

Cette petite boule noire, juste là, à mes pieds. Sur le béton, près de la poubelle. Au moment où je sors fumer une cigarette. J’y regarde à deux fois, le bidule ne bouge pas. Merde, un oisillon mort.

Et remerde, il respire, le petit malin. Mais qu’est-ce que tu fous là, sale coquin ? À l’entrée de mon demi sous-sol plutôt que dans ton nid, ou ailleurs sur une branche ? J’oublie la cigarette, je vide une boîte emplie de papiers en bordel sur le seul pied carré disponible au plancher de mon logement trop exigu. Serviette au fond, j’enfile un gant et hop, je récupère la pauvre bête.

Et rehop sur internet. Je ne connais vachement rien aux oiseaux. Que de brefs souvenirs de ma visite à Saint-Jude, vous savez, là où il y a les chouettes à voir ? Les oiseaux de proie ? Eh bien on s’empresse de vous apprendre que, sitôt sauvées, ces bêtes ne dépendent plus que de l’homme pour survivre.

Opération risquée et d’autant plus lourde tâche, donc, que celle de sauver un oiseau.

J’ai tenté plus d’un truc. Et je vous épargne les détails. Mais il a bu. Une goutte à la fois, comme ça, du bout de mon doigt à son bec. Et il a dormi. Bien collé sur le Sac Magique, chauffé et réchauffé, régulièrement.

Du coup il reprend vie, a envie de se dégourdir, bat des ailes dans le carton. Alors je pose le vigoureux sur mon lit. Il trébuche, le cabotin, il tente de voler mais bon, il doit bien lui manquer quelques jours pour être fin prêt.

Je ne suis pas une maman oiseau

Si j’étais moi, j’habiterais la campagne, j’aurais des poules, des chats, des chiens. Et je sauverais bien des oiseaux.

Mais je suis ici. En ville. Et il fait nuit. Et mon nouvel ami se perche déjà sur ma main. On dit que papa et maman oiseaux s’occupent de leurs petits, même tombés du nid. Qu’il faut les laisser tout près, que papa et maman viendront. Que ci, que ça. Bref et bof, que toi, l’homme, tu ne peux rien faire. Et ne dois rien faire.

Je le pose alors sur une branche, dans le seul arbuste du coin de terre insignifiant, d’une petitesse, des propriétaires. Et le con il saute et resaute dans ma main. Centième essai, il s’agrippe enfin. S’endort. Pour la nuit. Je sais, je l’ai vu, je suis ressortie fumer, plusieurs fois. J’insomniais.

Au petit matin, je reste au lit. J’ai la migraine. Je pense à la bête mais merde, je dois laisser la putain de nature suivre son cours, non ? Et ça cogne dans ma tête.

Comme le jour où, en plein hiver, une copine d’université débarque à son arrêt d’autobus et se casse la gueule. Le bus est bondé. J’entends des gens s’énerver, chauffeur y compris. Et moi, je m’endors sur mon siège, durement gagné. Je me dis que c’est peut-être elle, peut-être pas. N’étaient-ils pas une bonne dizaine à débarquer ? Et je ne bouge pas.

Je l’ai revue quelques mois plus tard. Elle s’était cassée la jambe. Et moi, la salope, je ne l’ai pas aidée. À cause de la fatigue. À cause du doute. À cause de… mon idiotie.

Comme le jour où, en plein été, à la sortie du métro, il y a cette fille qui se fait bousculer d’une manière plutôt cavalière par cet homme qui ne semblait pas, à priori, être son plus grand ami. J’ai pensé attendre. Mais non. J’ai observé un peu, ralenti le pas, et suis partie. À cause d’un rendez-vous peut-être. À cause du doute. À cause de… mon idiotie.

Et pourtant, comble de l’ironie, j’ai connu, à deux reprises, ce type de mésaventure. Deux sales cons au métro Longueuil. Et une autre grande bête, un géant noir tout en muscles et en sueur, au métro Parc.

Non, on ne m’a pas aidée.

Le jour des vidanges

Ils sont passés ce soir. Les vidangeurs. J’ai jeté un œil par la seule fenêtre de mon loft et vu pieds et mains de celui qui a ramassé le sac noué, comme ma gorge. Avec l’oiseau dedans. Mort. Évidemment.

Il était revenu au point de départ. À côté de mon bac à vidanges.

J’ai braillé tout ce que j’ai jeté et rejeté. Et j’ai braillé cette nature. Cruelle. Envers les plus faibles accroupis au sol, seuls, sur le béton. Qu’on laisse crever. Et j’ai braillé la nature humaine. Qui semble avoir si bien calqué ce modus operandi.

Ai-je raté ma vie ?

Ou la confortante position du «pas de malheur, pas de bonheur».

Lui : en baise une autre fantasme sur une autre que sa femme. Elle : échange sur le web avec un autre fantasme sur un autre que son mari. Pourtant… Ils ont acheté le rêve américain la maison de banlieue, ordinaire et pas trop chère. Piscine hors terre. Ont eu un, deux, trois enfants. Voient régulièrement depuis cinq ans la crisse de belle femme qui allume un peu trop Monsieur le couple d’amis qui habite tout près.

Monsieur est un bon père, Madame gère-mène très bien les horaires. Et son mari. Comme dans les pubs télé québécoises merdiques. Il y a que Monsieur sort parfois le soir. Boire un verre, deux ou trois. Il y a que Madame sort parfois le soir. Boire un verre, deux ou trois. Il déconne avec les copains, refait le monde. Elle gazouille avec les copines, refait les hommes.

«Es-tu heureux ?» peut-on demander à Monsieur. Non. «Es-tu heureuse ?» peut-on demander à Madame. Non. Ni l’un ni l’autre ne s’avouera toutefois malheureux. Ah ? Et s’ils ne sont pas heureux… pourquoi… «Oh mais c’est pour les enfants !». Ah oui, les enfants.

Enfant, je n’ai vu mes parents ni heureux, ni malheureux. Ça se voit. Ça se sent. Papa qui n’embrasse pas maman. Maman qui chicane après papa parce qu’il n’a toujours pas réparé tel ou tel truc.

En quête perpétuelle de bonheur, j’ai rejeté ce modèle en bloc. Je hais la piscine hors terre. Je hais la mini fourgonette. Je hais les couples d’amis. Je hais l’abrutissement de l’homme, le gère-menage et le superwomenage. Good mother. Good fucker. Good worker. Good, good, good.

Je n’ai donc ni piscine, ni mari, ni maison. De bons amis toutefois, ni heureux, ni malheureux. Et moi je flotte, perplexe. En toute liberté. Ai-je raté ma vie ?

Messagerie privée et jeux de séductions

Vous ? Non, pas vous, bien sûr ! Coquineries et mots gentils, en messagerie privée, ça arrive. Souvent. Très souvent. Marié, conjoint de fait ou célibataire, le gentil mâle pervers ou la charmante séduisante ennuyée s’y laissera prendre sans doute, une fois ou deux… ou trois ou quatre peut-être.

Sujet tabou hein ? Et comment réagir au premier mot ? N’est-ce pas que nous savons, d’entrée de jeu, qu’il y a là une pente glissante ? Douce à certains moments, abrupte aussi, parfois.

Ce qui étonne en ce monde virtuel est d’abord la vitesse à laquelle les échanges peuvent tourner en une conversation disons… plus intime. Curieux aussi comment certains, certaines, osent se confier, vous dévoiler un pan de leur vie, sans même vous connaître.

Si je me suis laissée prendre au jeu, moi ? Non, pas moi, bien sûr ! Mais je vous avoue que de curieux messages se sont trouvés dans ma boîte de messages. De jolis mots, souvent. Mais aussi de très vulgaires… Un exemple ? «Fuck. I want to kiss you all over and feel the warmth of your pussy around my cock.»

Je me rappelle encore cette histoire d’un sympathique jeune homme qui se sera laissé berné par une femme sans doute un peu trop excentrique. Un personnage fictif sur le web. Il se sera entiché et du coup… Aura perdu beaucoup.

La morale dans cette affaire ? Je n’ai certes pas la réponse. Mais à tout le moins, je suis d’avis qu’une réflexion s’impose… Et que celui qui n’a jamais déaimé lance le premier tweet !

Pratiquer l’anglais avant de mourir

Ma grand-mère faisait cuire son steak haché dans l’eau. Tartinait son pain avec de la mayonnaise (sauce à salade à vrai dire mais il fallait dire «mayonnaise»). Le pain était rond, pas carré. C’était chouette, chez grand-mère. Elle avait toujours une poignée de change à nous donner. Et des popsicle aux bananes.

Une femme forte, autonome. Qui aura travaillé toute sa vie, d’arrache-pied. Employée de shop dans une cannerie, femme de ménage, couturière. J’en oublie. Aura acheté sa maison en argent comptant, fière. Indépendante, acharnée et parano aussi. Mon cousin et moi ne pouvions jamais aller jouer dans la cour. On aurait pu nous attaquer. On niaisait sur un balcon d’à peine deux mètres carrés. Le téléviseur jouait en sourdine pendant que la «radio de police» grichait et crachait des communications incompréhensibles. Grand-maman cousait en se berçant.

Troubles de circulation sanguine (et toutes les maladies du monde selon les symptômes décrits dans ses livres de médecine). Hospitalisation. Allitée aux urgences à l’hôpital de Saint-Hyacinthe. Garochée là, avec la poche de jaquettes souillées, juste à côté. On ne la fera jamais marcher. On l’oubliera trop souvent. Médication pour épaissir le sang. On surveillera mal, caillot sanguin, accident vasculaire cérébral.

Voilà comment le passage dans notre système de maladie peut tuer.

Pour les suites, CHSLD, Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe. Perdue, ma grand-mère. Donc attachée, en tout temps. Je l’aurai visitée quelques fois. Pas moyen de quitter, elle pouvait se traîner, dans son fauteuil roulant, jusqu’à l’ascenseur au bout du corridor. Continuer à jaser de trucs surréels. De la mort. Aujourd’hui, me disait-elle, on enterre les gens vivants. Elle n’avait peut-être pas tord.

Lunch à Montréal avec un copain. Me restait quelques biscuits chinois. Grand-mère a toujours aimé les biscuits. Je lui en aurai gardé plusieurs. Elle aura insisté pour lire les petits mots en anglais. «Voyons grand-mère, y sont écrits en français l’autre bord ! Casse-toi pas la tête !».

«Non, faut que je pratique mon anglais !»

Je ne vous raconte pas les suites. Autres accidents vasculaires cérébraux. Paralysie partielle, troubles d’élocution. Incapable de manger. Soluté. Toujours pas capable de manger ? De déglutir comme il faut ? On enlève le soluté. On le remet. On l’enlève. Madame est en «fin de vie» : on passe de la chambre avec colocataire à la chambre près du poste des infirmiers et préposés. La chambre où on attend que tu crèves.

Où on attend que tu meures de soif. Soins de confort. Morphine et soins de bouche. Parce que ton corps  fabrique une espèce de liquide jaunâtre qui remonte dans la gorge. Ça sent la mort. Vraiment.

Je l’aurai veillée, une nuit.

Au petit matin, un peu avant 6h00, sa respiration avait faibli. Pas son cœur, non, il pompait régulièrement. Je me suis approchée d’elle, ses yeux étaient ouverts.

«Tiens, tu es réveillée ? Bonjour !» Je lui flatte les cheveux doucement. Un faible souffle, un deuxième, un troisième. Elle est morte sous mes yeux.

P.S. Merci à Émilie. Ce ne sont pas les employés qui sont pourris, c’est le système de maladie.

Transie

Montréal est belle, douce et tranquille. L’air est bon, le soleil est généreux. Les bistros sont extra, les gens sympa. Les amoureux, les papas, les chiens… même les écureuils gras bonifient le parc où tout un chacun se prélasse depuis des jours, des semaines. Je n’ai jamais autant goûté Montréal.

Je voyage léger, ai tout laissé, donné, jeté.*

Et pourtant, je suis transie. Délicieusement transie. Quelques parcelles de bonheur amer. Vivement l’éphémère… La brise est brise et bonne de par sa nature même : elle brise, par surprise, le moment trop chaud, trop lourd.

Transie. Un ami me l’aura soufflé à l’oreille. J’aurai compris**, enfin, mon état d’âme.

*Sauf mon iPhone, ma charte pantone, ma table à dessins, mon Mac.
**Après avoir fouillé dans mon dico, bien sûr ! Mon ami est un érudit, moi pas.

Le renard et le chien

Je reviens chez moi, le soir,
Et vois à mes pieds, un renard.
Il fige un instant, me regarde,
Hésite et s’évade.

Pas de boisé, une route, un champs…
Mais il vit et survivra pourtant.

Je repars au petit matin
Et me trouve sur ce même chemin.
M’arrête un instant,
Pose mon regard droit devant…

Une boîte sur la neige,
Semblable à un piège.

Je m’approche tout doucement
Et y découvre, bien tristement,
Un bel animal de compagnie
Jeté et tué par l’hommerie.

Mille maisons, une route, un champs…
Où ce chien aurait pû vivre sûrement.

Chiot Berger allemand mort