Archive for the ‘ Récit ’ Category

Passage dans un lieu de rencontre de la communauté haïtienne à Montréal

«Les petits chagrins bavardent, les grands sont muets» – Sénèque

Peu discutaient, ce vendredi soir dernier.

On pouvait aisément se casser la gueule à l’entrée du sous-sol d’Église. La glace était vive. S’il n’eût été du véhicule de RDI pour m’appuyer, peut-être serais-je tombée. À peine ai-je descendu les marches menant à la salle, me voilà coincée derrière les politiques. Jean Charest, son épouse, Mme James et autres étaient groupés sous le phare éblouissant de la caméra. Le phare sans doute, puisque plusieurs y convergeaient.

Mais peu discutaient. Travailleurs sociaux et autres aidants silencieux me semblaient n’être qu’une simple curiosité.

On voulait savoir. Qu’a dit M. Harper ? Enverra-t-il policiers et pompiers du Québec, prêts à quitter pour prêter main forte aux sinistrés ? Brèves allocutions des politiques. Me voilà à nouveau coincée avec eux. Qui échangeaient sur les toutes dernières nouvelles d’Haïti. Bateaux, port, vols, Croix Rouge. Le putain de phare devenait de plus en plus éblouissant. Voilà qu’il n’y avait déjà plus grand chose à dire.

On suivait les politiques des yeux. S’en iront-ils ? Ils passèrent au buffet. Chaleureux sourires de ces dames qui avaient préparé soupe, viandes, fromages. Peu discutaient.

Avec ma peau blanche comme le lait, on m’a considérée comme invitée. La file était longue et on m’a offert de passer devant. Devant une famille. Merci, c’est gentil, mais allez, passez… Un jeune homme revint du buffet et m’a offert sa soupe, dans un verre en styromousse. Il a fallu insister, non, merci, c’est bien aimable. Je hais les buffets. On me bouscule toujours. Pas cette fois. Autant de gentillesses, autant de sourires chez ces gens en deuil. Difficile à comprendre. Une culture forte, qui ébranle et inspire.

Peu ont parlé de leurs proches en Haïti. Et ceux-là même qui ont osé, vous quittaient avec le sourire : la vie continue, disaient-ils.

Jean Charest est resté plus longtemps qu’à son habitude en cet espace modeste de rassemblement. Arrogance et verbiage n’étaient pas au rendez-vous. On pouvait entendre murmurer : il est resté à manger !

La présence des politiques a touché.

Le silence du chagrin s’entendait et on pouvait le lire sur les sourires.

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