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Transie

Montréal est belle, douce et tranquille. L’air est bon, le soleil est généreux. Les bistros sont extra, les gens sympa. Les amoureux, les papas, les chiens… même les écureuils gras bonifient le parc où tout un chacun se prélasse depuis des jours, des semaines. Je n’ai jamais autant goûté Montréal.

Je voyage léger, ai tout laissé, donné, jeté.*

Et pourtant, je suis transie. Délicieusement transie. Quelques parcelles de bonheur amer. Vivement l’éphémère… La brise est brise et bonne de par sa nature même : elle brise, par surprise, le moment trop chaud, trop lourd.

Transie. Un ami me l’aura soufflé à l’oreille. J’aurai compris**, enfin, mon état d’âme.

*Sauf mon iPhone, ma charte pantone, ma table à dessins, mon Mac.
**Après avoir fouillé dans mon dico, bien sûr ! Mon ami est un érudit, moi pas.

Résolue, la quadrature du cercle ?

Je ne pouvais passer sous silence la pertinence du commentaire de Richard Bergeron tentant, d’une bien drôle de manière, de justifier son appui au budget de la Ville :

« C’est un peu long à expliquer, mais je crois vraiment avoir résolu la quadrature du cercle, pas dans le sens mathématique du terme, mais dans le sens de la politique montréalaise […] Je me sens très à l’aise de voter avec mes collègues du comité exécutif et je me sens très à l’aise que mes neuf collègues élus de Projet Montréal votent contre le budget. Ça semble un peu tarabiscoté, mais c’est plus responsable que de simplement se lever et de quitter la salle. »

Tarabiscoté, en effet. Haussement d’épaules alors.

Source web : Le devoir / Politique / Montréal / Budget: Bergeron appuie Tremblay, à l’encontre de son propre parti

Passage dans un lieu de rencontre de la communauté haïtienne à Montréal

«Les petits chagrins bavardent, les grands sont muets» – Sénèque

Peu discutaient, ce vendredi soir dernier.

On pouvait aisément se casser la gueule à l’entrée du sous-sol d’Église. La glace était vive. S’il n’eût été du véhicule de RDI pour m’appuyer, peut-être serais-je tombée. À peine ai-je descendu les marches menant à la salle, me voilà coincée derrière les politiques. Jean Charest, son épouse, Mme James et autres étaient groupés sous le phare éblouissant de la caméra. Le phare sans doute, puisque plusieurs y convergeaient.

Mais peu discutaient. Travailleurs sociaux et autres aidants silencieux me semblaient n’être qu’une simple curiosité.

On voulait savoir. Qu’a dit M. Harper ? Enverra-t-il policiers et pompiers du Québec, prêts à quitter pour prêter main forte aux sinistrés ? Brèves allocutions des politiques. Me voilà à nouveau coincée avec eux. Qui échangeaient sur les toutes dernières nouvelles d’Haïti. Bateaux, port, vols, Croix Rouge. Le putain de phare devenait de plus en plus éblouissant. Voilà qu’il n’y avait déjà plus grand chose à dire.

On suivait les politiques des yeux. S’en iront-ils ? Ils passèrent au buffet. Chaleureux sourires de ces dames qui avaient préparé soupe, viandes, fromages. Peu discutaient.

Avec ma peau blanche comme le lait, on m’a considérée comme invitée. La file était longue et on m’a offert de passer devant. Devant une famille. Merci, c’est gentil, mais allez, passez… Un jeune homme revint du buffet et m’a offert sa soupe, dans un verre en styromousse. Il a fallu insister, non, merci, c’est bien aimable. Je hais les buffets. On me bouscule toujours. Pas cette fois. Autant de gentillesses, autant de sourires chez ces gens en deuil. Difficile à comprendre. Une culture forte, qui ébranle et inspire.

Peu ont parlé de leurs proches en Haïti. Et ceux-là même qui ont osé, vous quittaient avec le sourire : la vie continue, disaient-ils.

Jean Charest est resté plus longtemps qu’à son habitude en cet espace modeste de rassemblement. Arrogance et verbiage n’étaient pas au rendez-vous. On pouvait entendre murmurer : il est resté à manger !

La présence des politiques a touché.

Le silence du chagrin s’entendait et on pouvait le lire sur les sourires.